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L’IPC 2024 pour l’Afrique subsaharienne : la faiblesse des mesures de lutte contre la corruption compromet l’action climatique

Le Cap, Afrique du Sud – Un activiste climatique d'Extinction Rebellion porte un casque représentant la planète Terre lors de la Semaine du pétrole en Afrique, le 12 octobre 2024. Photo : Nicolas Adamy/Hans Lucas via AFP

Paul Banoba, Robert Mwanyumba et Samuel Kaninda, Conseillers régionaux pour l’Afrique de Transparency International

En 2024, la région de l’Afrique subsaharienne a une fois de plus enregistré le score moyen le plus bas de l’Indice de perception de la corruption (IPC), avec seulement 33 sur 100, 90 % de ses pays obtenant un score inférieur à 50. Néanmoins, malgré ces résultats annuels très faibles, certains pays africains ont investi dans la lutte contre la corruption et réalisé des progrès remarquables.

Indice de perception de la corruption 2024

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Les Seychelles (score IPC : 71) restent le meilleur élève de la région, suivies par le Cap-Vert (64) et le Botswana (59). La Guinée équatoriale (17), le Soudan du Sud (13) et la Somalie (11) obtiennent les résultats les plus faibles, sans aucun signe d’amélioration.

VUE D’ENSEMBLE DE LA RÉGION

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Une justice plus forte

Ces dernières années, plusieurs pays africains ont notablement renforcé leurs efforts de lutte contre la corruption et de renforcement de la transparence.

La Côte d’Ivoire (45) a consolidé ses progrès et gagné un total de 10 points depuis 2019. La réussite de ce pays peut être attribuée à un certain nombre de réformes juridiques et institutionnelles mises en œuvre par l’administration du président Alassane Ouattara pour promouvoir la transparence et la redevabilité et pour renforcer la lutte contre les crimes économiques et financières.

Les Seychelles (72) – le pays le mieux classé du continent et celui qui a connu la plus forte progression au niveau mondial – ont amélioré leur score de 20 points depuis 2012. L’État poursuit activement des affaires de corruption très médiatisées et a pris des mesures pour améliorer la transparence relative à la propriété réelle et pour renforcer l’échange d’informations entre les institutions compétentes chargées de faire respecter la loi. En conséquence, les Seychelles ont rempli toutes les conditions requises pour sortir de la liste noire de l’UE pour non-respect des normes internationales de transparence financière.

La Tanzanie (41) a gagné 10 points depuis 2014, des fonctionnaires corrompus ayant enfin dû assumer les conséquences de leurs actes. Au cours de la dernière décennie, il est devenu courant que les hauts fonctionnaires soupçonnés de corruption soient immédiatement relevés de leurs fonctions, les forces de l’ordre ouvrant des enquêtes. Le pays a également mis en place un tribunal spécialisé pour la corruption et les crimes économiques.

Les pays ayant le plus progressé

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Des reculs alarmants, mais aussi des raisons de garder espoir

Au cours de la dernière décennie, le Lesotho (37) a perdu 12 points, le gouvernement ayant réprimé la société civile et réduit les journalistes au silence. En 2023, des activistes ont tenté de protester pacifiquement contre le projet de barrage de Polihali en raison de ses impacts négatifs sur la communauté, mais les Forces de défense du Lesotho ont confisqué les pancartes des manifestants et mis fin à la manifestation par la force. Associé à un processus opaque de nomination des juges et à un important arriéré judiciaire qui a remis en question l’efficacité du système judiciaire, cet événement a rendu la lutte contre la corruption particulièrement difficile.

Le pays voisin, l’Eswatini (27), a également vu son score significativement baisser, de 16 points, au cours de la dernière décennie. Un rapport de février de la Commission des comptes publics a fait état de nombreuses dépenses non autorisées dans le budget national par différents ministères et de l’absence de réaction de la part de la Commission anticorruption.

Le Gabon (27) et le Liberia (27) ont tous deux perdu 10 points depuis 2014, mais les évolutions récentes dans les deux pays donnent des raisons d’y espérer une amélioration de la situation. Un coup d’État commis en 2023 a mis fin à 56 années de régime monofamilial au Gabon. Le président de la transition, Brice Oligui Nguema, s’est engagé à lutter contre la corruption, notamment en rétablissant la Commission des marchés publics, après que des audits ont révélé dessurfacturations. Le président libérien Joseph Boakai, qui a pris ses fonctions en janvier 2024, a fourni une déclaration de patrimoine publique et lancé des audits des principales institutions de l’État, dont la banque centrale et le service de protection de l’exécutif. Ces deux initiatives vont dans la bonne direction et sont porteuses d’espoir pour l’avenir.

Les pays ayant le moins progressé

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La nécessité vitale de lutter contre les effets du changement climatique 

Alors que lors des crues, l’eau dévaste les paysages et les communautés à travers toute l’Afrique, du Sénégal (45) à la Tanzanie (41), l’impact du changement climatique sur le continent est indéniable. Selon les estimations, l’Afrique perd environ 5 % de son PIB pour chaque tranche de réchauffement de deux degrés Celsius. En réponse, les pays africains ont des besoins de financement estimés à 2800 milliards de dollars US pour mettre en œuvre leurs « contributions déterminées au niveau national » conformément aux cadres des Nations Unies visant à lutter contre le changement climatique. Mais le financement actuel est loin de suffire, et le financement apporté est considérablement compromis par la corruption.

L’Afrique du Sud (41) affiche une tendance inquiétante, avec une baisse de trois points de son score dans l’IPC depuis 2019. En 2025, le pays accueillera le sommet des dirigeants du G20, ce qui constituera une occasion cruciale de plaider en faveur d’une augmentation des engagements des pays du G20 en matière de financement climatique, sans pour autant que le remboursement de la dette, le financement privé et les prêts ne se substituent à des mécanismes directs d’atténuation de la crise climatique. Le pays doit renforcer ses mécanismes de contrôle afin de s’assurer que la corruption dans les pays qui accueillent le sommet n’interfère pas avec des processus internationaux aussi cruciaux, comme cela a été le cas lors de sommets précédents.

Image de personnes fuyant les inondations du fleuve Sahel sur des bateaux de police à Niamey, au Niger]

Niamey, Niger – Des bateaux de police transportent des personnes après que de fortes pluies ont endommagé une route principale reliant la capitale du Niger, Niamey, aux provinces de Tillabéri et Tahoua, le 20 août 2024. Photo : Boureima Hama/AFP

Cette exigence ne se limite pas à un seul pays. Lors de la COP29, les pays riches se sont engagés à fournir 300 milliards de dollars US par an d’ici 2035 aux pays vulnérables pour lutter contre le changement climatique, ce qui signifie que le continent africain devrait rapidement bénéficier d’un financement climatique accru. Cela nécessitera de solides systèmes de lutte contre la corruption afin de faire en sorte que ces fonds soutiennent les populations et le monde naturel plutôt que de profiter à des élites corrompues. Ceci est d’autant plus important qu’entre 2013 et 2017, entre 24 et 41 milliards de dollars US de financement climatique du portefeuille de projets de la Banque mondiale sont restés sans justification.

Le renforcement des systèmes de lutte contre la corruption constitue donc un investissement capital pour permettre aux populations africaines de résister au changement climatique et de s’assurer les opportunités socio-économiques nécessaires pour bâtir un avenir meilleur.

Comment les pays les mieux notés peuvent-ils soutenir les efforts mondiaux de lutte contre la corruption ?

IPC 2024 : Des problèmes au sommet

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