Indice de perception de la corruption 2025 : le déclin du leadership affaiblit la lutte mondiale contre la corruption
Alors que la génération Z se mobilise en masse contre la corruption et que certains gouvernements ignorent dangereusement les normes internationales, la 31e édition de l’Indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International met en relief un déclin préoccupant et continu du leadership dans la lutte contre la corruption, malgré les quelques signes de progrès.
Berlin, 10 février 2026 – La corruption est en constante évolution à travers le monde, y compris au sein des démocraties bien établies, dans un contexte de déclin du leadership politique, selon l’Indice de perception de la corruption (IPC) 2025 de Transparency International, publié aujourd’hui. L’indice de cette année montre que le nombre de pays obtenant un score supérieur à 80 est passé de 12 il y a dix ans à seulement cinq aujourd’hui.
Nos données montrent que les démocraties, généralement plus efficaces en matière de lutte contre la corruption que les autocraties ou les démocraties imparfaites, connaissent un recul inquiétant. Cette tendance touche aussi bien des pays tels que les États-Unis (64), le Canada (75) ou la Nouvelle-Zélande (81) que plusieurs pays européens comme le Royaume-Uni (70), la France (66) ou la Suède (80). Parallèlement, de nombreux États imposent des restrictions croissantes aux libertés d’expression, d’association et de réunion. Depuis 2012, 36 des 50 pays ayant connu une baisse importante de leur score dans l’indice ont également vu leur espace civique se réduire.
L’année 2025 a été marquée par une vague de manifestations anti-corruption menées par la génération Z, principalement dans des pays situés dans la moitié inférieure du classement de l’IPC et dont les scores ont stagné ou baissé au cours de la dernière décennie. Au Népal (34) ou à Madagascar (25), les jeunes sont descendus dans les rues pour dénoncer les dirigeants, qui abusent de leur pouvoir sans offrir ni de services publics décents ni de perspectives économiques.
Transparency International avertit que l’absence d’un leadership audacieux dans la lutte mondiale contre la corruption affaiblit l’action internationale anticorruption et risque de réduire la pression en faveur de réformes à travers le monde.
Selon François Valérian, Président de Transparency International :
« La corruption n’est pas quelque chose d’inévitable. Nos recherches et notre expérience en tant que mouvement mondial montrent que des processus démocratiques solides, un contrôle indépendant et une société civile libre et ouverte permettent de demander des comptes aux détenteurs du pouvoir au nom de l’intérêt général. À l’heure où certains États manifestent un mépris dangereux pour les normes internationales, nous appelons les dirigeants et les pouvoirs publics à agir avec intégrité et à assumer pleinement leurs responsabilités afin d’offrir un avenir meilleur aux populations du monde entier. »
Transparency International appelle à :
- Un leadership politique renouvelé en matière de lutte contre la corruption, fondé sur l’application effective des lois, le respect des engagements internationaux et la mise en œuvre de réformes visant à renforcer la transparence, la surveillance et la responsabilité ;
- La protection de l’espace civique, en mettant fin aux attaques contre les journalistes, les organisations non gouvernementales (ONG) et les lanceurs d’alerte, et en renonçant aux mesures visant à restreindre le travail indépendant de la société civile ;
- La suppression des failles favorisant l’opacité qui permettent aux flux financiers issus de la corruption de franchir les frontières, notamment en encadrant plus strictement les intermédiaires professionnels et en garantissant la transparence sur les bénéficiaires effectifs des entreprises, des trusts et des actifs.
DÉCLIN DU LEADERSHIP DANS LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION
Dans de nombreux pays européens, les efforts de lutte contre la corruption sont restés largement stagnants au cours de la dernière décennie. Depuis 2012, en Europe occidentale et dans l’Union européenne, 13 pays ont connu un déclin important de ce leadership, lequel ne s’est amélioré que dans sept pays. En décembre 2025, l’Union européenne a adopté sa première directive anti-corruption afin d’harmoniser les législations pénales. Ce qui aurait pu constituer un cadre de tolérance zéro a toutefois été affaibli par certains États membres, dont l’Italie (53), qui a bloqué la criminalisation de l’abus de pouvoir des fonctionnaires. Le résultat est un cadre qui manque d’ambition, de clarté et d’applicabilité.
Les États-Unis (64) poursuivent leur trajectoire descendante et obtiennent le score le plus bas jamais atteint. Bien que les événements de 2025 ne soient pas encore pleinement intégrés dans l’indice, les attaques contre les voix indépendantes et les menaces pesant sur l’indépendance judiciaire suscitent de vives inquiétudes. Par ailleurs, le gel temporaire et l’assouplissement de l’application de la loi américaine sur les pratiques de corruption à l’étranger (Foreign Corrupt Practices Act, FCPA) traduisent une tolérance à l’égard des pratiques commerciales corrompues, tandis que la réduction de l’aide américaine aux organisations de la société civile étrangères affaiblit les efforts de lutte contre la corruption à l’échelle mondiale. Dans d’autres pays, les dirigeants politiques profitent de la situation pour restreindre davantage l’action des ONG, des journalistes et d’autres voix indépendantes.
Un score élevé à l’IPC ne garantit pas qu’un pays est exempt de corruption. Plusieurs pays bien notés contribuent à la corruption ailleurs en facilitant le blanchiment et les flux transfrontaliers d’argent illicite, un phénomène que l’IPC ne mesure pas. Par exemple, la Suisse (80) et Singapour (84) figurent parmi les pays les mieux classés, mais font l’objet d’une surveillance en raison des mouvements de capitaux illicites qu’ils peuvent faciliter.
LE RÉTRÉCISSEMENT DE L’ESPACE CIVIQUE SAPE LES EFFORTS DE LUTTE CONTRE LA CORRUPTION
Au cours de la dernière décennie, les ingérences politiques dans les activités des ONG se sont intensifiées dans des pays tels que la Géorgie (50), l’Indonésie (34) et le Pérou (30). Les autorités y ont adopté de nouvelles lois limitant l’accès au financement ou affaiblissant les organisations qui exercent un contrôle critique. Ces mesures s’accompagnent souvent de campagnes de diffamation et d’intimidation. Dans d'autres pays comme la Tunisie (39), l’espace civique se rétrécit sous l’effet de pressions administratives, judiciaires et financières qui limitent l’action des ONG, même en l’absence de nouvelles lois restrictives. Dans ce contexte, il devient plus difficile pour les journalistes indépendants, les organisations de la société civile et les lanceurs d’alerte de dénoncer la corruption, tandis que les fonctionnaires corrompus peuvent poursuivre leurs abus en toute impunité. Les sections de Transparency International en Russie (22) et au Venezuela (10) ont été contraintes à l’exil en raison de la répression exercée contre la société civile.
De tels environnements restrictifs non seulement réduisent au silence critiques et observateurs, mais créent aussi de réels dangers pour celles et ceux qui osent dénoncer des actes répréhensibles. Depuis 2012, 150 journalistes qui couvraient des sujets liés à la corruption dans des contextes hors conflit ont été assassinés, presque tous dans des pays où le niveau de corruption est élevé.
LA CORRUPTION DANS LE MONDE : PRINCIPALES CONCLUSIONS
L’IPC classe 182 pays et territoires en fonction de leur niveau perçu de corruption dans le secteur public sur une échelle allant de zéro (fortement corrompu) à 100 (très peu corrompu).
Le score mondial moyen est de 42 sur 100, son niveau le plus bas depuis plus d’une décennie, ce qui confirme une tendance préoccupante qu’il faudra surveiller au fil du temps.
Plus des deux tiers des pays (122 sur 180) obtiennent un score inférieur à 50, illustrant l’incapacité persistante de la majorité des États à maîtriser la corruption.
Pour la huitième année consécutive, le Danemark obtient le score le plus élevé (89), suivi de la Finlande (88) et Singapour (84).
Les pays qui obtiennent les scores les plus faibles se caractérisent principalement par une forte répression de la société civile et des niveaux élevés d’instabilité, comme le Soudan du Sud (9), la Somalie (9) et le Venezuela (10).
Depuis 2012, 50 pays ont vu leur score chuter de manière significative notamment la Turquie (31), la Hongrie (40) et le Nicaragua (14). Ces reculs reflètent un affaiblissement structurel des mécanismes d’intégrité qui dure depuis une décennie, alimenté par le recul de la démocratie, les conflits, la fragilité des institutions et l’enracinement des réseaux de clientélisme. Ces baisses sont brutales, durables et difficiles à inverser, car la corruption devient systémique et profondément ancrée dans les structures politiques et administratives.
Depuis 2012, 31 pays ont amélioré de manière significative leur score dans l’indice dont l’Estonie (76), la Corée du Sud (63) et les Seychelles (68). Ces progrès sont le résultat de réformes continues, d’institutions de surveillance renforcées et d’un large consensus politique en faveur d’une bonne gouvernance, notamment grâce à la numérisation des services publics, à la professionnalisation de la fonction publique et à l’intégration des normes de gouvernance régionales et mondiales.
NOTE À L’INTENTION DES RÉDACTEURS
Pour consulter le score de chaque pays et son évolution dans le temps ainsi que l’analyse mondiale et régionale, consultez la page Web de l’IPC 2025 : https://www.transparency.org/en/cpi/2025 (mise en ligne le 10 février 2026 à 07 h 01, heure d’Europe centrale).
La page destinée à la presse comprend le rapport complet, l’ensemble des données, la méthodologie et les graphiques.
DEMANDES D’ENTRETIEN
Des porte-parole sont disponibles pour répondre à vos questions. Pour toute question concernant les conclusions régionales et mondiales, veuillez contacter le service de presse de Transparency International à l’adresse suivante: [email protected].
Pour toute question concernant un pays en particulier, veuillez contacter la section nationale correspondante de Transparency International.
À PROPOS DE L’INDICE DE PERCEPTION DE LA CORRUPTION
Créé en 1995, l’Indice de perception de la corruption de Transparency International est devenu le principal indicateur de la corruption dans le secteur public au niveau mondial. Il classe 182 pays et territoires du monde entier en fonction de la perception de la corruption dans le secteur public, à l’aide de données provenant de 13 sources externes dont la Banque mondiale, le Forum économique mondial, des sociétés privées de conseil et de gestion des risques, des groupes de réflexion et d’autres sources. Les scores attribués reflètent les points de vue d’experts et de personnalités du monde des affaires.
La méthodologie de l’IPC est régulièrement révisée afin d’en garantir, autant que possible, son caractère solide et cohérent. Sa révision la plus récente, par le Centre commun de recherche de la Commission européenne, date de 2017. Tous les scores de l’IPC depuis 2012 sont comparables d’une année à l’autre. Pour en savoir plus : « The ABCs of the CPI: How the Corruption Perceptions Index is calculated ».