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La COVID-19 accroît la vulnérabilité des femmes face à la corruption

La pandémie menace les emplois, la santé, le bien-être et l’expression politique des femmes

Illustration by Sheyda Sabetian

Cet article fait partie dune série darticles intitulée Les citoyens signalent des faits de corruption liés à la COVID-19, visant à sensibiliser sur le coût humain de la corruption durant la COVID-19 et à encourager les citoyen·nes à signaler les actes de corruption.

Du fait de la COVID-19, la vie des femmes subit des changements qui risquent de subsister après la pandémie. La santé et le bien-être social et économique des femmes pâtissent lourdement de la COVID-19 dans le monde.

En parallèle, les femmes sont en première ligne de la lutte contre la pandémie, représentant près de 70 % des soignant·es ainsi que la majorité des travailleur·ses essentiel·les peu qualifié·es et faiblement rémunéré·es qui permettent à la société de continuer à fonctionner pendant la crise sanitaire.

Pourtant, les femmes sont les grandes absentes des groupes de direction et d’expert·es en charge de la COVID-19, et elles ont peu d’occasions d’exprimer leurs préoccupations et de contribuer aux politiques visant à lutter contre la pandémie.

Cette absence les place dans une position particulièrement vulnérable face à la corruption du système de santé, en tant que patientes et en tant que soignantes, et dans le cadre de la « sextorsion » ou extorsion de faveurs sexuelles.

Depuis janvier 2020, plus de 1 800 personnes ont contacté le réseau mondial des Centres d’assistance juridique et d’action citoyenne (CAJAC) pour signaler des actes de corruption et rechercher de l’aide concernant les questions liées à la COVID-19, y compris la corruption liée au genre. Les CAJAC offrent des conseils gratuits et confidentiels aux victimes et aux témoins d’actes de corruption dans plus de 60 pays du monde.

Du fait de la réduction des opportunités économiques, les femmes sont plus vulnérables face à la corruption

Tandis que la crise économique sévit, les femmes sont davantage exposées à la perte de leur emploi, de leur revenu, de leur épargne et de leurs moyens de subsistance.

Ces risques accrus compromettent leur indépendance financière et accélèrent la féminisation sous-jacente de la pauvreté, conduisant à un déséquilibre des forces qui les rend plus vulnérables à la corruption, et notamment aux formes de corruption liées au genre, comme la sextorsion, et moins à même de demander aux autorités et aux élites d’en répondre.

La COVID-19 constitue une menace majeure pour les avancées en matière d’égalité des sexes obtenues au cours des dernières décennies. Avec la fermeture des écoles et des établissements de garde d’enfants, les femmes se sont acquittées d’une part disproportionnée des responsabilités liées à l’éducation des enfants et à la scolarisation à domicile, ainsi que des tâches ménagères. Aux États-Unis et en Europe, les femmes consacrent jusqu’à 15 heures par semaine de plus à l’éducation des enfants et aux tâches ménagères.

Ces inégalités de longue date entre les femmes et les hommes en matière de travail non rémunéré peuvent faire obstacle au travail rémunéré et à l’avancement professionnel des mères, voire risquer de leur faire perdre leur emploi. Ainsi, au Royaume-Uni, des éléments semblent indiquer que les mères sont sensiblement plus exposées que les pères à la perte temporaire ou définitive de leur emploi durant la pandémie.

Dans de nombreuses régions du monde, les femmes sont également sous-représentées dans l’économie informelle, particulièrement durement touchée par les mesures de prévention de la COVID-19, telles que la fermeture des frontières et des entreprises ou les restrictions imposées en matière de déplacements.

On sait que 74 % des femmes africaines et 54 % des femmes d’Amérique latine et des Caraïbes travaillent dans le secteur informel, où elles occupent des postes de travailleuses domestiques, de vendeuses de rue, d’agricultrices de subsistance, de travailleuses saisonnières et bien d’autres emplois.

La corruption liée à la COVID-19 dans le secteur de la santé touche davantage les femmes

Les femmes sont en première ligne dans la riposte sanitaire à la COVID-19 et sont davantage exposées aux risques de contamination. Les signalements des CAJAC font état de nombreux cas de corruption dans les établissements de santé, allant de la petite corruption pour accéder à des traitements vitaux à l’influence dans l’approvisionnement en fournitures médicales. Les femmes sont plus dépendantes des services publics, ce qui les rend particulièrement vulnérables à la corruption qui sévit et aux pots-de-vin exigés dans le secteur de la santé.

Pendant la COVID-19, les ressources destinées aux soins de santé des femmes sont en cours de réaffectation pour empêcher la propagation du virus et l’effondrement de systèmes de santé saturés. Par ailleurs, la pandémie pourrait avoir des effets secondaires potentiellement catastrophiques sur l’accès des femmes aux services de soins de santé sexuelle et procréative.

La corruption, le favoritisme et les pratiques de lobbying irrégulières pourraient accentuer ces tendances et nuire à la fourniture de soins de santé tenant compte des questions de genre, dans la mesure où les élites riches et puissantes détournent les processus politiques pour leurs propres besoins et dans leur propre intérêt.

La COVID-19 exacerbe la violence sexiste, y compris la sextorsion

Il existe de sérieuses craintes que les mesures de confinement puissent se traduire par une augmentation de la violence, de la maltraitance et du harcèlement sexistes, car les femmes ayant un partenaire violent se voient contraintes de se confiner avec lui.

Des éléments des crises passées, telles que l’épidémie d’Ébola qui a touché l’Afrique de l’Ouest en 2014-2015, confirment que les femmes subissent un niveau accru de violence et de sévices sexuels. Ceux-ci comprennent la sextorsion, qui consiste, pour des fonctionnaires ou des travailleurs sociaux, à demander des faveurs sexuelles en échange de services essentiels.

Durant l’épidémie d’Ébola, des orphelines ont été contraintes de se livrer à des actes sexuels en échange de nourriture, d’eau et d’un abri en Sierra Leone.

De même, pendant la COVID-19, des femmes sont obligées d’accorder des faveurs sexuelles pour accéder à l’eau au Zimbabwe, selon des signalements effectués auprès de notre CAJAC. Au Nigeria, la police arrête des femmes pour des infractions mineures liées à la COVID-19 et abuse sexuellement d’elles pendant leur détention. Les difficultés économiques et la perte d’emplois et de moyens de subsistance au Nigeria peuvent faire encourir aux femmes un risque accru de sextorsion.

En raison de la fermeture des frontières, les groupes marginalisés, tels que les migrantes et les réfugiées sans papiers, sont plus exposés aux risques de sextorsion et de coercition par des fonctionnaires. Dans de telles situations, les femmes sont souvent contraintes de payer un double tribut, financier et sexuel, pour pouvoir passer la frontière.

Victimes de stigmatisation sociale et des tabous culturels, les survivantes de la sextorsion font face à des obstacles majeurs dans leur demande de réparation et d’accès à des mécanismes de signalement sûrs, confidentiels et tenant compte des questions de genre qui leur fournissent des moyens de support.

La COVID-19 affaiblit la voix et la participation des femmes

Une analyse rapide des équipes spéciales chargées de la COVID-19 dans 24 pays montre que les femmes y sont sous-représentées, voire qu’elles en sont totalement absentes dans certains pays.

Il en découle que souvent, les politiques visant à lutter contre la pandémie de COVID-19 ne tiennent pas compte des besoins particuliers des femmes. Le manque de représentation des femmes dans les prises de décision peut également indiquer que les dispositifs de protection sociale et les trains de mesures visant à relancer l’économie ne répondront pas suffisamment aux préoccupations des femmes.

Si les femmes n’ont pas voix à la prise de décision, leur participation à la vie politique pourrait également baisser. Confrontées à une plus grande insécurité en matière d’emploi et à des contraintes accrues dans leur vie familiale, les femmes pourraient ne plus se porter candidates à des élections, comme c’est le cas en Australie.

Recommandations

Pour remédier à cette situation, nous recommandons les actions suivantes :

  • collecter, analyser et diffuser des données ventilées selon le genre sur les conséquences directes et indirectes de la COVID-19 sur les femmes ;
  • veiller à ce que les femmes jouissent de légalité daccès aux traitements vitaux, aux médicaments et aux services de santé sexuelle et procréative, en particulier durant la pandémie ;
  • promouvoir la transparence des dépenses publiques et affecter des ressources adéquates pour faire face aux conséquences de la corruption liée à la COVID-19 sur les femmes et les filles ;
  • promouvoir la participation des femmes aux prises de décision pour veiller à ce que les politiques relatives à la COVID-19 et les trains de mesures visant à relancer l’économie répondent de manière adéquate aux besoins des femmes, et
  • donner aux femmes les moyens de signaler les abus en toute sécurité et mettre en place des mécanismes de signalement tenant compte des questions de genre.

Pour une liste complète de recommandations, veuillez consulter notre déclaration élaborée avec ONU-Femmes.

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