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IPC 2023 : En Afrique subsaharienne, la corruption détourne les ressources destinees aux services publics

Dans la plupart des pays, la lutte contre la corruption ne progresse pas

Berlin, 30 janvier 2024 – L’Indice de perception de la corruption (IPC) 2023 publié aujourd’hui par Transparency International indique une région continuellement marquée par de mauvaises performances, la lutte contre la corruption étant stagnante dans la plupart des nations africaines. Des améliorations importantes ont cependant été constatées dans des pays comme les Seychelles (71), l’Angola (33) et la Côte d’Ivoire (40).

Les résultats soulignent des défis persistants auxquels la région est confrontée, et pour lesquels le sous-financement sévère des secteurs publics est à la source. L’impact néfaste de la corruption et des flux financiers illicites aggrave encore ces problèmes, en détournant des ressources cruciales destinées à l’origine aux services publics essentiels. La corruption au sein des mécanismes d’administration de la justice continue d’affecter de manière disproportionnée les personnes les moins privilégiées, notamment celles qui dépendent des services publics, comme les personnes handicapées, les femmes et les enfants.

Samuel Kaninda, Conseiller régional pour l’Afrique de Transparency International, déclare :

« Avec la résurgence des coups d’État et des conflits dans un certain nombre de pays du continent, la démocratie en Afrique est sous pression. Il est à présent impératif et urgent de combler les déficits de gouvernance sous-jacents. Un renforcement du système judiciaire et la mise en place de mécanismes de responsabilisation efficaces sont essentiels si l’on veut que la lutte contre la corruption cesse enfin de reculer dans la région. »

L’AFRIQUE SUBSAHARIENNE EN BREF

L’IPC classe 180 pays et territoires en fonction de la perception du niveau de corruption au sein de leur secteur public sur une échelle de zéro (forte corruption) à 100 (aucune corruption).

La plupart des pays africains stagnent, et le score global de la région reste médiocre. En effet, la moyenne régionale n’a pas changé : 33. Quatre-vingt-dix pour cent des pays d’Afrique subsaharienne ont obtenu un score inférieur à 50.

  • Les Seychelles (71) occupent la tête du classement régional, suivies par le Cap-Vert (64) et le Botswana (59).
  • La Guinée équatoriale (17), le Soudan du Sud (13) et la Somalie (11) obtiennent les plus mauvais résultats, sans aucun signe d’amélioration.

Pour connaître le score individuel de chaque pays et son évolution au fil du temps, voir la page de l’IPC mondial 2023. Pour une analyse approfondie des tendances et des pays, voir l’article de fond sur la région : IPC 2023 de l’Afrique subsaharienne : Impunité pour responsables corrompus, espace civique restreint et accès à la justice limité.

CORRUPTION ET INJUSTICE

Le recul généralisé de la démocratie et l’affaiblissement des systèmes judiciaires compromettent la prévention de la corruption en Afrique subsaharienne. Le système judiciaire est régulièrement utilisé pour cibler l’opposition ou régler des différends personnels. En revanche, les cas de corruption impliquant le détournement de ressources publiques essentielles par des personnes au pouvoir restent impunis. Les citoyens les plus pauvres en pâtissent à leur tour. Ceci perpétue un cercle vicieux dans lequel les objectifs de développement ne sont jamais atteints.

  • À titre d’exemple positif, la Côte d’Ivoire (40) a constamment amélioré son score IPC au cours de la dernière décennie. Après des conflits armés au début des années 2000 et une impasse politique qui a fait suite aux élections présidentielles de 2010, l’administration du président Alassane Ouattara est parvenue à mettre en œuvre un certain nombre de réformes. Parmi ces réformes, un changement de législation qui vise à améliorer la transparence en obligeant les hauts fonctionnaires à déclarer leur patrimoine. Ces reformes visent aussi un renforcement des systèmes de responsabilisation en créant une section consacrée à la criminalité économique et financière au sein du service judicaire, et en publiant un décret pour lutter contre le blanchiment d’argent.
  • Au Sénégal (43), le président Sall a été accusé d’utiliser le système judiciaire pour régler des différends politiques. L’élection présidentielle de février approchant à grands pas, le pouvoir judiciaire doit rester impartial et enquêter sur les allégations croissantes de répression à l’encontre de l’opposition, des médias, des critiques et d’autres membres de la société civile.
  • Le Gabon (28) voit son score IPC baisser bien qu’il s’agisse d’un des pays les plus prospères et les plus stables d’Afrique centrale. La mainmise de longue date de la famille Bongo sur la scène politique du pays pendant plus de cinq décennies, a laissé peu de place à la transparence et à la responsabilisation.

L’impunité dont bénéficient les actes de corruption, l’affaiblissement de l’espace civique et le manque d’accès des populations à la justice et à l’information restent des problèmes cruciaux qui menacent l’État de droit dans la région. Transparency International appelle les gouvernements d’Afrique subsaharienne à donner aux systèmes judiciaires l’indépendance, les ressources et la transparence nécessaires pour punir efficacement tous les délits de corruption et assurer l’équilibre des instances au pouvoir. Au besoin, ils doivent également mettre en place de meilleures lois et procédures pour aider les institutions judiciaires à se protéger contre les actes de corruption et à les cibler.

Daniel Eriksson, Directeur général de Transparency International, ajoute :

« La corruption aggrave l’injustice sociale et affecte de manière disproportionnée les plus vulnérables. Dans de nombreux pays, les victimes de la corruption se heurtent encore à des obstacles qui les empêchent d’obtenir justice. Il est temps de faire tomber ces obstacles et de faire en sorte que les gens puissent accéder à la justice de manière efficace. Tout le monde mérite un système juridique équitable et inclusif au sein duquel la voix des victimes est entendue à chaque étape. Tout système qui ne l’est pas constitue un affront à la justice. »

NOTES À L’INTENTION DES RÉDACTEURS

La page média contient le rapport IPC 2023, l’ensemble des données et la méthodologie, le communiqué de presse international et une analyse supplémentaire pour l’Afrique subsaharienne en anglais et en français. Voir ici : https://www.transparency.org/en/cpi/2023/media-kit.

DEMANDES D’INTERVIEWS

Pour toute question concernant un pays particulier, veuillez contacter les sections nationales de Transparency International. Pour toute question concernant les conclusions régionales et mondiales, veuillez contacter le Secrétariat de Transparency International : [email protected].

L’INDICE DE PERCEPTION DE LA CORRUPTION

Depuis sa création en 1995, l’Indice de perception de la corruption est devenu le principal indicateur de la corruption dans le secteur public au niveau mondial. Il classe 180 pays et territoires du monde entier en fonction de la perception de la corruption dans le secteur public, à l’aide de données provenant de 13 sources externes dont la Banque mondiale, le Forum économique mondial, des sociétés privées de conseil et de gestion des risques, des groupes de réflexion, et d’autres sources. Les scores attribués reflètent les points de vue d’expert·e·s et de personnalités du monde des affaires, et non celui du public.

La méthode de calcul de l’IPC est régulièrement revue pour garantir, autant que possible, son caractère solide et cohérent. Sa révision la plus récente, par le Centre commun de recherche de la Commission européenne, date de 2017. Tous les scores de l’IPC depuis 2012 sont comparables d’une année à l’autre. Pour plus d’ information, voir l ’article : The ABCs of the CPI: How the Corruption Perceptions Index is calculated.