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La corruption de la police se propage elle aussi telle une pandémie

Pendant la COVID-19, la police encaisse des pots-de-vin et se livre à des actes de brutalité et à des pratiques peu scrupuleuses.

Illustration by Sheyda Sabetian

Cet article fait partie dune série darticles intitulée Les citoyens signalent des faits de corruption liés à la COVID-19, visant à sensibiliser au coût humain de la corruption durant la COVID-19 et à encourager les citoyens à signaler les cas de corruption.

Au début de la pandémie de COVID-19, les pays ont imposé des couvre-feux et des quarantaines obligatoires, et mis en place des barrages routiers afin de ralentir la propagation du virus.

Cependant, ces mesures de confinement destinées à protéger la population ont également créé de nouveaux risques pour des millions de personnes dans le monde.

Des centaines de personnes signalent des demandes de pots-de-vin et des faits de corruption

Depuis le mois de janvier, les Centres d’assistance juridique et d’action citoyenne (CAJAC) de Transparency International ont reçu plus de 1500 signalements liés à la COVID-19, y compris des signalements de pratiques abusives de la police et de l’armée. Les CAJAC offrent une assistance juridique gratuite et confidentielle aux témoins et aux victimes d’actes de corruption dans plus de 60 pays de la planète.

Dans de nombreux pays, les agents de police et les soldats demandent des pots-de-vin aux personnes passant aux barrages routiers, ne respectant pas le couvre-feu ou souhaitant quitter les centres de quarantaine. Ils exigent même des pots-de-vin de la part des travailleurs essentiels, tels que les médecins et les infirmiers, qui se rendent au travail ou rentrent chez eux.

En outre, dans certains pays, les centres de quarantaine mis en place pour isoler les personnes susceptibles d’être malades sont utilisés pour placer en détention et sanctionner des individus en bonne santé pour des infractions mineures.

La corruption entrave l’efficacité des mesures prises en matière de santé publique pour contenir le virus et exacerbe les inégalités en divisant la population en deux, celle qui a les moyens d’enfreindre les règles et celle qui ne les a pas.

Un système mondial de dérives policières

Depuis le début de la pandémie, des personnes ont contacté les CAJAC au Guatemala, au Kenya, à Madagascar, au Venezuela et au Zimbabwe pour signaler que des agents de police exigent des pots-de-vin aux barrages routiers.

Au Zimbabwe, les médias ont rapporté des cas d’agents de police demandant de l’argent à des femmes enceintes et à des malades se rendant à l’hôpital. En Afrique du Sud, des agents de police en poste aux barrages routiers ont non seulement demandé des pots-de-vin, mais aussi volé de l’argent se trouvant dans les véhicules.

Les CAJAC de la République du Congo ont recueilli des témoignages inquiétants sur les dérives de la police. L’un émane d’un livreur de pain, dont le vélo, le téléphone et l’argent ont été saisis par la police, bien qu’il compte parmi les travailleurs essentiels. Un autre a trait à un homme arrêté pour non-port du masque dans son propre foyer, alors qu’il jouait aux échecs avec un ami. L’homme a succombé à un arrêt cardiaque au poste de police, où il a été contraint d’effectuer un travail manuel, n’ayant pas les moyens de payer une amende.

L’instauration d’un couvre-feu à 20 heures en République du Congo pose de plus en plus de difficultés aux travailleurs de l’économie informelle. Les agents de police ont molesté les personnes qui ne respectent pas le couvre-feu et leur ont demandé des pots-de-vin.

La situation est particulièrement urgente au Venezuela, où la police arrête les personnes qui rentrent au pays et les oblige à s’entasser dans des centres et des espaces surpeuplés.

Les CAJAC du Venezuela ont également reçu des plaintes concernant des soldats vendant du carburant à profit, des agents de police demandant des pots-de-vin aux soignants, allant parfois jusqu’à les menacer, et des fonctionnaires vendant de faux laissez-passer.

Kenya : étude de cas de la corruption de la police

Au début de la pandémie, l’État kenyan a installé des centres de quarantaine obligatoire pour tous les voyageurs entrant dans le pays.

Ces voyageurs devaient en sortir après que le test réalisé au quatorzième jour de leur quarantaine se soit révélé négatif, mais l’engorgement au niveau des tests a contraint de nombreuses personnes à y séjourner plus longtemps dans l’attente des résultats.

Rapidement, les CAJAC du Kenya ont commencé à entendre les récits de personnes que la police avait placées dans des centres de quarantaine pour des infractions mineures, telles que la violation du couvre-feu ou le non-port du masque.

Non seulement la police a contraint ces personnes à passer au moins 14 jours en quarantaine, mais elle les a aussi fait payer 20 dollars des États-Unis par jour. Celles qui ne pouvaient pas payer n’étaient pas autorisées à en sortir.

Au lieu d’isoler les membres de la population générale susceptibles d’être malades, les centres de quarantaine exposaient des personnes en bonne santé à des risques de contamination.

Les CAJAC du Kenya se sont rendu compte que le nombre de cas était trop élevé pour qu’ils puissent s’occuper de chacun d’eux individuellement. Avec des organisations partenaires, les CAJAC ont fait pression sur le gouvernement kenyan pour qu’il clarifie sa politique en matière de quarantaine.

Grâce à ces efforts, le gouvernement a mis fin aux amendes infligées dans les centres de quarantaine, ce qui devrait, il l’espère, inciter davantage de personnes à se soumettre à des tests.

Mettre fin à la corruption pour sauver des vies

Les restrictions visant à contenir le virus ont également créé des occasions, pour les agents de police et l’armée, d’abuser de leur autorité.

Leur corruption compromet les mesures de santé publiques mêmes qu’ils sont censés faire appliquer.

Les pays ne peuvent pas lutter efficacement contre la pandémie de COVID-19 tant que les forces armées et de police utilisent le confinement comme prétexte pour soutirer tout ce qu’elles peuvent aux personnes vulnérables.

Nous demandons aux États de mettre fin à la corruption de la police en prenant les mesures suivantes :

  • établissement de lignes directrices claires et transparentes à l’intention de la police sur la manière de conduire la riposte à la COVID-19, y compris dans les centres de quarantaine ;
  • appui de mécanismes de signalement sûrs et accessibles pour les citoyens qui signalent des faits de corruption de la police liés à la COVID-19 et protection des lanceurs d’alerte qui font évoluer la situation en signalant les agissements de la police, et
  • demande d’enquêtes sur tous les cas de corruption signalés aux autorités, assorties de sanctions appropriées, et mesures disciplinaires à l’encontre des agents de police et des soldats pris en flagrant délit de demande de pots-de-vin.

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