Guinée: Un long et difficile chemin vers des élections transparentes et crédibles

Voilà plus de deux semaines que les Guinéens se sont rendus aux urnes pour élire un nouveau parlement mais l’annonce officielle des résultats se fait toujours attendre. Les Nations unies ainsi que d’autres institutions internationales et africaines s’inquiètent de ce retard. Les résultats partiels montrent qu’aucun parti ne disposera de la majorité absolue et l’opposition conteste d’ores et déjà le scrutin.

Ce retard accroît le scepticisme quant à l’issue des élections et les risques de nouvelles violences ne doivent pas être sous-estimés. Au cours des trois années qui ont suivi l’arrivée au pouvoir d’Alpha Condé, le premier président démocratiquement élu de Guinée, les violences politiques et affrontements ethniques ont provoqué des centaines de morts et les élections législatives furent maintes fois reportées.

Les principaux points litigieux portaient sur les élections présidentielles de 2010 qui ont consacré la victoire étroite d’Alpha Condé face à Cellou Dalein Diallo ainsi que les préoccupations quant à la composition et l’efficacité de la Commission électorale nationale indépendante et la révision du fichier électoral.  

Dans toute élection, les listes électorales jouent un rôle important, car elles définissent qui a le droit de voter. Le trucage d’élections résulte souvent de la manipulation des noms sur les listes d’électeurs. En conséquence, la révision des fichiers électoraux peut constituer une question politique délicate.

Les acteurs locaux de la société civile - y compris l’Association guinéenne pour la transparence, le partenaire de Transparency International en Guinée – ont exprimé leur préoccupation quant à la décision du gouvernement en 2013 de choisir unilatéralement et sans appel d'offres Waymark, une société sud-africaine, pour administrer le fichier électoral. L'opposition guinéenne avait alors lancé une mise en garde contre une possible connivence entre Waymark et la Commission électorale pour le trucage des élections.

Un nouveau départ

Depuis son accession à l’indépendance en 1958, la Guinée a subi deux dictatures et un coup d’État militaire. La corruption endémique et la faible gouvernance ont favorisé la transformation du pays en une plaque tournante pour le trafic de cocaïne. La piètre gestion des abondantes  ressources naturelles a considérablement accru les frustrations face à la distribution inégale des richesses et la persistance de la pauvreté.

La survie au quotidien est un véritable combat pour beaucoup de Guinéens qui sont fréquemment victimes de coupures d’électricité et n’ont qu’un accès limité à l'approvisionnement en eau. Cependant, un changement est perceptible: une récente enquête nationale sur la corruption révèle que 98 pour cent des Guinéens estime que la corruption est généralisée dans leur pays et qu’il est impératif de la combattre. En août dernier, des jeunes en colère à Kankan ont interpellé le Président Condé afin qu’il en fasse davantage pour améliorer la gouvernance et la fourniture de services de base au niveau local. À travers le pays, les populations demandent à s’exprimer et disent non à la violence et aux calculs politiciens habituels. 

Soutien à l’intégrité des processus électoraux en Afrique de l’Ouest

En Sierra Leone, la section nationale de Transparency International est impliquée depuis plusieurs années dans la surveillance des élections nationales et locales. En 2012, elle a observé le processus d’inscription des électeurs dans le cadre des élections présidentielles ainsi que le déroulement même du vote. La section sierra léonaise a également sensibilisé les électeurs sur leurs obligations civiques ainsi que sur la manière dont ils pouvaient contribuer à un processus électoral crédible, pacifique et transparent.  

Au Ghana, Ghana Integrity Initiative, la section de Transparency International, s’est associée à une coalition d’organisations de la société civile pour lancer un projet de surveillance des abus du parti sortant et de la corruption politique lors des élections présidentielles de 2012. Le projet a recensé les cas d’abus et tenté d’y mettre un frein en s’assurant que les individus au pouvoir n’utilisaient pas les ressources publiques pour promouvoir des intérêts privés.

Dans les dix régions du pays, des bénévoles ont reçu une formation pour être à même de relever les abus et la corruption politique, par le biais de caméras de téléphone et d’enregistreurs numériques. Le projet a également passé au crible journaux, chaînes de télévision et stations de radio publics afin d’évaluer la qualité de la couverture médiatique, y compris le ton employé et les messages transmis. 

Dans l’ensemble, le projet a révélé un accès inégal des partis politiques aux médias d'État, le parti sortant - qui a fini par remporter les élections – recevant plus d'espace dans la presse et de temps d'antenne que les partis d’opposition.

Renforcer les mécanismes de contrôle

Photo of Guinea President Alpha Condé

Selon l’Association guinéenne de transparence (AGT), le pays a accompli quelques progrès en matière de gouvernance. Suite aux pressions de la société civile et de la communauté internationale, le gouvernement a initié une refonte de la législation minière nationale et publié les recettes minières de l’État au cours de la période 2007-2010 dans le cadre de  l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives. Un comité technique comprenant le gouvernement, les entreprises et la société civile a été mis sur pied pour revoir les contrats existants et formuler des recommandations pour des mesures fortes en matière de transparence, de processus d’appels d’offres  et de droits des communautés. L’AGT ainsi que d’autres organisations de la société civile ont longtemps plaidé pour l’adoption d’une loi sur la corruption complète. Un projet de loi est actuellement à l’étude par le Conseil national de transition, l’organe législatif ad hoc du pays. Le dialogue entre le gouvernement et l’opposition a repris et la violence a diminué.

Toutefois, beaucoup reste encore à faire pour reconstruire un pays profondément divisé par des clivages ethniques et politiques. Pour Mamadou Taran Diallo, le directeur de l’AGT, le système électoral doit faire l’objet d’une réforme d’envergure afin d’assurer la crédibilité et la transparence des cycles électoraux. Pendant trop longtemps les partis politiques ont abusé du système électoral pour promouvoir les intérêts de leurs porte-drapeaux tout en ignorant les souhaits des populations. Il s’agira également de renforcer les capacités des institutions politiques, du pouvoir judiciaire et des forces de sécurité afin qu’elles puissent devenir des entités fonctionnelles et redevables.

Les élections législatives constituent une étape dans un processus long et complexe vers un gouvernement responsable, mais elles sont capitales pour jeter des bases solides en faveur d’un respect accru de l’État de droit. 

Il y a trois ans, le Président Condé s’est fait élire sur un programme de bonne gouvernance et de réformes économiques. Aujourd’hui, les élections législatives constituent un test crucial non seulement pour le chef de l’État guinéen, mais également pour la capacité de la Guinée à construire une société inclusive et responsable.

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